L’AFD décaisse 200 millions d’euros pour soutenir des projets de développement dans le Sahel

Remy Rioux, le Directeur général de l’Agence Française de Développement (AFD) était, ce lundi 3 juillet 2017, l’invité du 5/7 sur France Inter. Il a été question de développement dans le Sahel.

En mai dernier, Emmanuel Macron voulait appuyer aussi cette action militaire par une véritable stratégie d’aide au développement. Lutter contre les djihadistes avec l’aide au développement comment ça peut fonctionner ?

Le président s’est rendu deux fois au Mali déjà en quelques semaines. Puisque j’étais avec lui le 19 mai à Gao au Mali voir nos forces. Et puis, il a passé toute la journée d’hier (dimanche 2 juillet 2017) à Bamako avec les 5 chefs d’Etat à Bamako. Il cherche vraiment à impulser une nouvelle dynamique. Parce que il n’y a de sécurité sans développement et il n’ya pas de développement possible sans sécurité. Deux annonces fortes. Une annonce bien sûr sur le volet sécuritaire avec cette force conjointe du Sahel qui a été lancé hier (dimanche 2 juillet 2017) qui doit maintenant prendre sa place dans le dispositif de sécurité. Et puis c’est pour cela que j’ai été là bas, un volet développement beaucoup plus fort, boosté. Parce qu’il faut absolument apporter des solutions aux populations dans cette zone.

Ces solutions quelles sont-elles ? Quels sont les projets concrets que l’on peut apporter ?

Il y’a eu deux annonces hier. La première, le président a lancé une initiative française dotée de 200 millions d’euros sur les cinq prochaines années. Nous à l’AFD, on l’appelle l’initiative Tiwara. Tiwara, vous savez, c’est cette petite antilope stylisée qu’on trouve partout dans le Sahel. Et dans notre esprit, c’est un tout petit peu ce que protège Barkane. L’idée c’est qu’on a une initiative de sécurité qui s’appelle Barkane, il faut qu’on ait maintenant à l’avenir une initiative de développement qui a un nom qui lui répond. Avec cette initiative, on va financer de l’éducation, de l’agriculture, de l’énergie renouvelable, de la gouvernance. Et puis la deuxième chose, le président a lancé un appel à ce qu’il a appelé l’Alliance pour le Sahel. L’idée c’est que cette contribution française soit rejointe par d’autres forces, d’autres acteurs, les grands bailleurs de fonds. Donc, en premier lieu l’Allemagne mais aussi la Banque mondiale, la banque africaine, l’Union européenne, le Pnud. Tous ceux qui ont un intérêt très particulier, parce que c’est si proche de nous, à ce que le Sahel se stabilise et se développe.

Concrètement qu’est ce qu’il faut aujourd’hui pour ces pays du Sahel ?

Vous savez, il y’a un phénomène démographique très puissant dans le sahel. Il faut donc bien sûr prendre en compte cette dimension qui vient bousculer les écoles, les villes. Il faut un effort très particulier dans le domaine de l’éducation, et il faut aussi apporter de l’énergie propre. On a beaucoup de projets dans la zone, des projets de photovoltaïque, d’Hydraulique pour amener cette solution aux populations.

Certains demandent qu’on conditionne toutes ces aides à une régulation de la politique migratoire beaucoup plus sévère. Est-ce que cela fait partie du deal ?

Ce qui est important, c’est que les mouvements de populations puissent se dérouler dans leurs régions naturelles. Les Sahéliens, vous savez, ils ne veulent pas forcément venir en France. Ils veulent rester, et souvent ils vont vers le sud, vers la Côte d’Ivoire, le Nigeria. Et donc, il faut qu’on trouve des solutions de développement en Afrique de l’Ouest. Pour fixer les populations là où elles souhaitent vivre.

Alors ces aides, quelles formes vont-elles prendre ? Vont-elles prendre la forme de dons, de prêts ?

C’est une initiative additionnelle, spécifique par rapport à ce que l’Agence Française de Développement fait déjà. On a engagé à peu près 1,5 milliards d’euros sur les 5 dernières années dans les cinq pays du G5 Sahel. Le président nous a apporté un instrument nouveau. Et donc c’est 200 millions d’euros de dons additionnels, pour répondre à votre question, par rapport à notre programme de travail habituel. Et c’est vraiment pour avoir les moyens d’intervenir dans les régions du nord, dans les régions frontalières où beaucoup de choses se passent, et beaucoup de trafic aussi. Il faut remettre des logiques de développement plus positives, avec des circuits courts et en faisant mieux et façon très coordonnée avec les autres acteurs.

Quels sont les autres projets concrets qui vont intervenir dans les années à venir ?

On a signé hier un gros projet, qui n’est pas sur cette enveloppe, avec le ministre des Finances du Mali pour doubler la ligne électrique entre le grand barrage de Manon Tali (à 300 km de Bamako) et Bamako. Pour amener beaucoup plus d’énergie dans ces villes. Il faut absolument leur amener de l’énergie. On a signé pour 106 millions d’euros un grand projet d’infrastructure, pour vous donner un exemple de ce qu’on fait. Mais on fait aussi de toute petite chose. A Kidal, dans les zones qui ont été occupées par les djihadistes, là on remet un marché, de l’eau, on restaure des centres de santé pour qu’il y’a des dividendes de la paix, pour montrer que les services publics reviennent.

Est-ce que finalement, il ne faut pas créer plus d’emplois pour peut-être fixer ces jeunes qui veulent émigrer ?

Oui vous avez parfaitement raison. L’Afrique et en particulier l’Afrique de l’ouest est confrontée à une explosion démographique. Il faut donc créer des emplois à un rythme qu’aucune région dans le monde, même l’Europe, n’a connu dans son histoire. Pour un emploi, il faut en créer 5, 6, 7 dans ces zones. Et donc une très grande priorité au secteur privée.

propos retranscrit par winwin News

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